Imane Djamil - Copies Doubles, autoportrait en espace(s)

Imane est une artiste pluridisciplinaire qui a fait ses débuts en tant qu’auteure photographe à l’âge de 15 ans.

Copies doubles, autoportrait en espace(s) est une oeuvre complète. Mêlant poèmes, theatre, musique et photographie, l’artiste dessine des géographies mentales en personnifiant, entre autres, les villes de Tarfaya et Sarajevo. 

L’artiste s’interroge sur la valeur autoritaire d’une ruine, lui conférant une âme humaine et contemplant la désolation de ces paysages comme matière auto-fictive.

Il y a dans le travail de Imane Djamil, une forme de sublimation des violences vécues, et dites à demi-mot par celle-ci. Elle tacle la force des monuments avec une une teinte de mépris ; “moi aussi, j’ai survécu”. 

L’adolescence est une période tourmentée durant laquelle, pour l’artiste, les questionnements existentiels se sont mués en proses guerrières. Pourquoi un si jeune corps se projette-t-il instinctivement vers son obsolescence ?

Cette quête de soi, illustrée par un nomadisme mélancolique, était une façon pour Imane de surmonter ses peurs en se confrontant à une puissance qui dépasse l’humain. L’artiste fait corps avec ces ruines impressionnantes, comme pour se les approprier, ou sentir sa force contre la leur.

Dans son recueil de poèmes, nous retrouvons également des hommages à ses idoles, de la Boetie à David Bowie. Puis, des références que nous devinons comme Rimbaud, qui a écrit le plus vif de son oeuvre durant ses fugues adolescentes. 

Cette exposition personnelle se lit comme le récit d’une émancipation. Imane Djamil nous dévoile les phases de catharsis de son “corps en transition post- traumatique”, selon ses propres mots.
Ces travaux sont les témoins d’une bataille interne par laquelle l’artiste surmonte les stigmas d’une sexualité premature dans un pays conservateur, de l’alienation sociale qui en découle, d’une peur d’être rejetée, souillée ou tout simplement oubliée.

Yasmine Laraqui - curatrice 

 

Copies doubles, autoportrait en espace(s)

"Ruine ou epave, pourquoi est-ce que je cherche en toi une odeur intime ? Est-ce parce que comme moi, tes rouilles ne sont pour toi, que le beau sang des fraudeurs qui ont use les atomes de tes fancs et ont fait de ta vieillesse eternelle jeunesse. Dans la mer, tu t'hydrates du monde sans cesse. Tu prends du soleil ce qui brille et de l'eau ce qui t'immerge et t'humilie, et le lendemain, du soleil ce qui brule et de l'eau ce qui te souleve et te fait fotter. Je te comprends car toi seule vis comme une breche. Je te scrute avec stupeur, dans toute ta grandeur et tes recoins, mais l'envieux humain que je suis, n'est pas toujours bienveillant a ton egard, car nous nous separons la ou mere de trois generations, tu as la chance de n'avoir jamais ete enterree. Tu as simplement, ete dechue de tes fonctions. A chaque fois, tu as su bomber le torse de plus belle. Combien de fois as-tu fait naufrage ? Et tu persistes, sans douleur. Combien de fois as-tu avorte ou donne des ames? Et tu persistes, sans remords. Combien de fois as-tu ete espagnole ou danoise? Et tu persistes, sans patrie. Tu as la sagesse acquise de tes vies anterieures, et moi, 20 ans et une chaire qui ne sera plus. C'est la ou nous nous separons. En attendant, je cherche en toi, a me refeter, comme une robuste breche,

loyale a l'univers, integre au temps. Lorsque je dis de toi que tu as traverse les temps, on me corrige mes grossieretes et segmente tes fertes. On fait de toi une pauvre statue. On te donne un debut et une fn. Tu as ete quand tu as servi. Mais je sais bien que les corps ne parlent pas comme les langues. Les matieres sont plus tolerantes et susurrent aux esprits ce que le mot, sous la dictature du fait, fuirait, par peur de se faire trancher du texte par un frigide cartesien, l'accusant de mensonge. C'est la ou nous nous rencontrons encore, etrangere." - Imane Djamil